Perspectives au 25 mars 2025
La Production Mondiale d’Huile d’Olive 2024/2025 : Une Reprise Prometteuse
La campagne 2024/2025 marque une nette reprise de la production mondiale d’huile d’olive après deux années difficiles marquées par des conditions climatiques extrêmes. Selon les dernières estimations, la production mondiale devrait atteindre 3,2 millions de tonnes, contre 2,85 millions de tonnes l’année précédente. Cette augmentation est principalement due à des rendements améliorés dans plusieurs pays producteurs majeurs, notamment en Europe et en Afrique du Nord.
1. Une Reprise Attendue Après une Baisse Prolongée
Après une période de faibles récoltes dans plusieurs régions productrices, la saison 2024/2025 apporte un certain soulagement aux producteurs et aux consommateurs avec une production d’huile d’olive en hausse. Toutefois, les chiffres varient considérablement selon les pays. Si certains pays connaissent un rebond significatif, d’autres doivent encore faire face à des défis liés au climat et aux maladies affectant les oliviers. Cette reprise pourrait également avoir un impact sur les marchés mondiaux, notamment en ce qui concerne les exportations et les stocks disponibles.
2. L’Espagne : Un Retour en Force
Premier producteur mondial, l’Espagne prévoit une augmentation significative de sa production, atteignant 1,4 million de tonnes contre 850 000 tonnes l’année précédente. Cette hausse est attribuée à des conditions climatiques plus clémentes et à une meilleure gestion des ressources hydriques. Les récentes initiatives gouvernementales en matière de gestion de l’irrigation et de replantation d’oliviers résistants à la sécheresse ont contribué à cet essor. En conséquence, les prix ont baissé, passant de 6,50 € par litre en octobre à 5,16 € en janvier, une tendance qui pourrait se poursuivre si la production continue sur cette lancée.
3. La Tunisie : Une Progression Marquante
La Tunisie enregistre une production estimée à 340 000 tonnes, soit une hausse de 55 % par rapport à l’année précédente. Cette performance est un levier économique crucial pour le pays, bien que les coûts de production restent élevés. Le gouvernement tunisien mise sur une amélioration des infrastructures et des techniques agricoles modernes pour maintenir cette dynamique. De plus, la demande pour l’huile d’olive tunisienne, notamment sur les marchés européens et nord-américains, continue de croître, renforçant le potentiel d’exportation du pays.
4. L’Italie : Relance en Vue
L’Italie se classe cinquième parmi les producteurs méditerranéens
Avec une production projetée de 244 000 tonnes pour la campagne 2024/2025, l’Italie se classe désormais cinquième parmi les principaux producteurs méditerranéens, derrière l’Espagne (1,3 million de tonnes), la Turquie (450 000 tonnes), la Tunisie (340 000 tonnes) et la Grèce (250 000 tonnes).
Le Plan National de l’Olivier : une initiative ambitieuse
Face à une diminution constante de sa production ces dernières années, le gouvernement italien a lancé le Plan National de l’Olivier. Ce projet ambitieux vise à relancer le secteur de l’huile d’olive en Italie, avec un objectif de croissance de 25 % de la production d’ici dix ans et une réduction de 20 % des coûts de production.
Soutien aux régions touchées par la Xylella fastidiosa
Le plan prévoit également des mesures spécifiques pour soutenir les régions comme les Pouilles, qui sont durement touchées par la bactérie Xylella fastidiosa. Il encourage la création de nouvelles oliveraies résistantes à cette bactérie afin de préserver l’intégrité des paysages agricoles et de revitaliser les zones cruciales pour la production d’huile d’olive en Italie.
5. La Grèce : Une Production 2024/2025 en Forte Croissance
La Grèce enregistre une production estimée entre 229 500 et 250 000 tonnes pour la campagne 2024/2025, confirmant un rebond solide par rapport à l’année précédente. Les rendements ont dépassé les prévisions dans plusieurs régions, avec une huile d’olive de haute qualité malgré des conditions climatiques parfois défavorables.
Ce bon résultat propulse la Grèce au 2e rang des producteurs de l’Union européenne, derrière l’Espagne, et au 4e rang parmi les pays méditerranéens, après la Turquie et la Tunisie.
Cependant, cette progression s’accompagne d’une forte pression sur les prix, qui déçoivent les producteurs. La conjoncture reste également marquée par les effets des incendies de forêt et une vigilance accrue face aux aléas climatiques.
6. Le Maroc et la Turquie : Évolutions Divergentes
Le Maroc continue de subir une baisse de production, estimée entre 80 000 et 100 000 tonnes, principalement à cause du manque d’eau. Les précipitations insuffisantes et la gestion difficile des ressources hydriques ont contraint de nombreux producteurs à réduire leurs surfaces cultivées. En revanche, la Turquie stabilise sa production à environ 350 000 tonnes, grâce à une gestion efficace de l’irrigation et à l’adoption de variétés plus résistantes aux conditions climatiques extrêmes. La Turquie, qui s’est affirmée ces dernières années comme un acteur clé sur le marché de l’huile d’olive, continue de renforcer ses exportations vers l’Europe et l’Asie.
7. Le Portugal : Entre Opportunités et Risques
Le Portugal espère une légère hausse de production, mais reste vulnérable aux maladies de l’olive et aux aléas climatiques. Les producteurs portugais se tournent de plus en plus vers des pratiques d’agriculture biologique et des systèmes d’irrigation plus performants pour sécuriser leurs récoltes. Cette approche permet d’améliorer la qualité de l’huile produite, tout en répondant à la demande croissante des consommateurs pour des produits plus durables et respectueux de l’environnement.
8. La France : Une Production en Croissance Modérée
La récolte d’olive de la saison 2024/25 en France devrait atteindre entre 5 000 et 5 200 tonnes d’huile d’olive, soit environ 7% au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, malgré une légère baisse par rapport à l’année précédente, où la production était de 6 667 tonnes. Bien que cette baisse puisse sembler significative, elle reste dans les limites d’une alternance naturelle de production, un phénomène courant dans le secteur oléicole.
Variabilité des Rendements
La production a été très hétérogène d’une région à l’autre, avec des résultats contrastés :
- Provence et Languedoc ont vu des récoltes affectées par des conditions climatiques extrêmes, incluant des vagues de chaleur et des épisodes de pluie imprévisibles. Dans ces zones, des baisses de rendement allant jusqu’à 50% ont été rapportées.
- Alpes-Maritimes et Bouches-du-Rhône, en revanche, ont connu des conditions plus favorables, ce qui a permis des récoltes exceptionnelles, avec des producteurs comme Château d’Estoublon augmentant leur production de 32% par rapport à l’année précédente grâce à des pratiques de taille rigoureuses et un climat favorable.
Impact des Conditions Climatiques
Les conditions climatiques, notamment la sécheresse et l’humidité excessive, ont largement influencé les rendements dans des régions comme Occitanie et Gard, où les récoltes ont été affectées par l’absorption d’eau par les olives, ce qui a réduit le rendement en huile.
Malgré ces défis, certains producteurs comme ceux de la vallée des Baux-de-Provence, en particulier Domaine de Gerbaud, ont pu compenser les difficultés climatiques grâce à un travail de récolte minutieux, respectant le moment optimal pour chaque variété d’olive, ce qui a permis de maintenir une qualité élevée.
Tendances et Perspectives
Bien que la production de 2024/25 soit en légère baisse par rapport à l’année précédente, la France continue de produire une huile d’olive de qualité exceptionnelle, en particulier dans les régions où les conditions climatiques ont été favorables. Cette baisse reste cependant bien en deçà des records historiques et montre l’adaptabilité de l’industrie oléicole française face à des défis climatiques de plus en plus complexes.
9. Prix et Stocks : Un Marché Sous Pression
Bien que la production soit en hausse, les stocks mondiaux restent faibles, maintenant les prix à un niveau élevé. En Espagne, l’huile d’olive vierge extra a atteint 903 € les 100 kg début 2024. Une baisse modérée des prix est prévue avec l’augmentation de l’offre, mais les incertitudes sur la stabilité de la production mondiale pourraient limiter cette tendance. Par ailleurs, l’évolution de la consommation en Asie et en Amérique du Nord, où l’intérêt pour l’huile d’olive ne cesse de croître, pourrait influencer la dynamique du marché.
Conclusion : Une Année Décisive pour l’Industrie de l’Huile d’Olive
La campagne 2024/2025 marque un tournant significatif pour la production mondiale d’huile d’olive. Si l’Espagne, la Tunisie, la Grèce et le Portugal bénéficient d’une reprise encourageante, l’Italie et le Maroc font face à des défis persistants liés aux conditions climatiques extrêmes et aux maladies des oliviers. La France, bien que produisant une quantité modeste, cherche à se différencier avec des produits haut de gamme et des pratiques durables.
Le marché mondial reste sous pression, avec des prix élevés, mais l’augmentation de l’offre pourrait tempérer cette tendance. Les stocks mondiaux restent faibles, ce qui soutient les prix, mais les incertitudes liées au climat et aux maladies continuent d’influencer la production. L’essor de la consommation d’huile d’olive dans des régions comme l’Asie et l’Amérique du Nord pourrait apporter de nouvelles opportunités pour les producteurs. En somme, 2024/2025 représente une année charnière pour l’industrie, où l’innovation et l’adaptation aux défis climatiques et sanitaires seront cruciales pour assurer une résilience à long terme.




